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Carrière étonnante, mais exemplaire, que celle de
cette petite Bruxelloise surdouée (en littérature,
certes, mais aussi en dessin, même si elle s'est
moins souvent manifestée dans ce domaine).
Sur un coup de tête, dirait-on, elle part pour
Paris, s'y fait un nom en quelques années et y
produit une oeuvre romanesque comptant au petit
nombre de celles qui dominent la littérature
française de la seconde moitié du siècle.
Pour qui tente de caractériser sa manière, au
prix d'une lecture critique méthodique et tout
en profondeur (travail considérable vu qu'en
plus de quarante années, l'écriture de
Dominique Rolin a évolué), ce qui reste la
marque profonde, irrécusable, d'un talent
original et bouleversant est peut-être son
extraordinaire faculté d'analyse et, surtout,
depuis la fin des années cinquante,
d'auto-analyse. Il est vain de disputer des
rapports de cette partie récente de l'œuvre
avec le Nouveau Roman : celui-ci offre assez de
diversité pour pouvoir accueillir Dominique
Rolin parmi ses meilleurs représentants, mais
la question, à tout prendre, est dénuée
d'importance.
Biographie
Dominique Rolin est née le 22 mai 1913 à
Ixelles. Son père était bibliothécaire au
Ministère de la Justice. Sa mère, Esther,
parisienne, fille du romancier naturaliste Léon
Cladel, et soeur de Judith Cladel, elle aussi écrivain,
enseignait la diction. Un frère est né en 1915
et une soeur en 1918. Les trois enfants ont
grandi dans un climat familial peu commun dont
les traces apparaissent dans plusieurs romans.
Très jeune, Dominique Rolin inventait des
histoires qu'elle transcrivait et illustrait.
Adolescente, elle fait des études de bibliothécaire
et de dessin. Elle est engagée à la bibliothèque
de l'Université libre de Bruxelles où elle
restera dix ans.
Elle a vingt et un ans quand une revue publie
l'un de ses récits. Deux ans plus tard, elle
est lauréate d'un concours international
organisé par une autre revue, Mesures.
En 1937, elle se marie et, l'an d'après, donne
le jour à une petite fille, Christine (la Ma-Ta
présente dans plusieurs romans). Elle achève Les
marais, que publieront en 1942 les Éditions
Denoël. Ce roman, typique de sa première manière,
a été très favorablement accueilli par la
critique.
L'entente est loin de régner entre Dominique
et son mari. Elle s'en sépare en 1946 et,
courageusement, va s'installer à Paris où paraît
déjà son troisième livre. Désormais, elle ne
cessera plus d'écrire et ses romans seront édités
à la cadence presque immuable d'un tous les
deux ans. Elle rencontre le sculpteur Bernard
Milleret et, avec lui, le bonheur, même si les
conditions matérielles sont dures pour les
artistes dans le Paris d'après la guerre. Une
part des minces revenus du couple provient des
illustrations que la jeune femme exécute pour
des périodiques. Mais tout va changer. En 1952,
elle remporte le Prix Femina avec Le
souffle. Ce succès lui permet d'acquérir
une vaste propriété à une quarantaine de
kilomètres de Paris. Elle s'y installe avec sa
fille Christine et Bernard Milleret, qu'elle épouse
en 1955, devenant ainsi française. En 1957,
elle remporte le prix Lugné-Poe avec une pièce,
L'épouvantail, que crée le Théâtre
de l'Oeuvre.
Bernard Milleret meurt en mars de cette année-là.
Dominique Rolin en est cruellement blessée.
Trop seule dans sa résidence campagnarde, elle
revend sa maison et se réinstalle à Paris.
Elle siège au jury du prix Femina.
La mort de son mari a provoqué, pendant
quelques mois, un repli sur soi, et il semble
que la solitude ait incité l'écrivain à réfléchir
sur son art et imposer de nouvelles exigences à
sa création. Dès 1962, avec Le for intérieur,
s'annonce sa deuxième manière, une espèce de
transition.
Dominique Rolin quitte en 1963 le jury du
Femina et devient membre de celui du prix Roger
Nimier.
Un nouveau deuil la frappe en 1965 : sa mère,
à laquelle elle était très attachée, décède
à Bruxelles.
C'est alors que débute la troisième période
de la carrière littéraire. On s'en rend compte
en 1967 avec Maintenant, premier
d'une série de neuf romans aussi étonnants par
leurs qualités formelles que par la profondeur
parfois austère de l'introspection à laquelle
leur auteur va systématiquement se livrer.
Dominique Rolin publie
aussi, en 1978, un roman «hors-série» qui présente
toutefois les traits caractéristiques et bien
connus de son écriture. C'est L'enragé,
une biographie romancée de Brughel l'Ancien qui
lui vaudra, à Bruxelles, le prix Franz Hellens.
Le père de Dominique, son meilleur ami, est
mort en 1975.
Elle continue de travailler et obtient, en
1980, le prix Kleber Haedens. En 1988, elle est
élue comme membre étranger à l'Académie
royale de Langue et de Littérature françaises,
pour succéder à Marguerite Yourcenar. Elle y
est accueillie le 22 avril 1989.
DOSSIERS L,
n°
33, fascicule 4. Les ouvrages marqués de
l'astérisque ont fait l'objet de nombreuses
traductions, notamment en néerlandais,
allemand, anglais, italien, espagnol et
serbo-croate. |
Bibliographie
- Les marais,
roman, Denoël,
Paris, 1942. Rééd. Seuil, Paris, 1949; Guilde du
Livre, Lausanne, 1962, Livre de Poche, Paris,
1969 et Gallimard, Paris, 1991, coll. Blanche.
- Anne la bien-aimée,
roman, Denoël, Paris, 1944, coll. La belle
étoile. *
- Les deux soeurs,
roman, Denoël,
Paris,
1946. *
- Moi qui ne suis qu'amour,
roman, Denoël,
Paris, 1948; Livre de Poche, Paris,
1968.
- L'ombre suit le corps,
roman, Seuil,
Paris, 1950. *
- Les enfants perdus,
nouvelles, Denoël, Paris, 1951, coll. Romans
français.
- Le souffle,
roman, Seuil,
Paris,
1952. Prix Femina.
- Les quatre coins,
roman, Seuil,
Paris, 1954. *
- Le gardien,
roman, Denoël, Paris, 1955, coll. Romans
français. Rééd. Cercle du Bibliophile.
- L'épouvantail,
pièce en quatre actes, Gallimard, Paris, 1957,
coll. Le Manteau d'Arlequin. Prix
Lugné-Poe.
- Artémis, roman,
Denoël, Paris, 1958, coll. Romans français.
- Le lit, roman, Denoël,
Paris, 1960, coll. Romans français. Rééd.
Galimard, Paris, 1972, coll. Folio. Adaptation cinémato-graphique
de Marion Hänsel en 1982.
- Le for intérieur,
roman, Denoël,
Paris, 1962, coll. Romans français.
- La maison, la forêt,
roman, Denoël, Paris, 1965, coll. Romans
français. Rééd. Labor, Bruxelles, 1990,
coll. Espace Nord.
- Maintenant,
roman, Denoël, Paris, 1967, coll. Romans
français.
- Le corps, roman,
Denoël, Paris, 1969, coll. Romans français.
- Les éclairs,
roman, Denoël, Paris, 1971, coll. Romans
français.
- Lettre au vieil homme,
roman, Denoël, Paris, 1973, coll. Romans
français.
- Deux, roman, Denoël,
Paris, 1975, coll. Romans français.
- Dulle Griet,
roman, Denoël, Paris, 1977, coll. Romans
français. Rééd. Labor, Bruxelles, 2002.
- L'enragé, roman,
Ed. Ramsay,
Paris, 1978. coll. La vie antérieure. Rééd. Labor,
Bruxelles, 1986, coll. Espace Nord. Prix
Franz Hellens.
- L'infini chez soi,
roman, Denoël,
Paris, 1980, coll. Romans français. Prix Kleber Haedens.
Rééd. Actes Sud, 1996, coll. Babel.
- Le gâteau des morts,
roman, Denoël, Paris, 1982, coll. Romans
français.
- La mort de Cléopâtre, Théâtre-Poème,
Bruxelles, 1983.
- La voyageuse,
roman, Denoël, Paris, 1984, coll. Romans
français.
- L'enfant-roi,
roman, Denoël, Paris, 1986, coll. L'Infini.
- Trente ans d'amour fou,
roman, Gallimard, Paris, 1988, coll. Blanche.
- Vingt chambres d'hôtel,
roman, Gallimard, Paris, 1990, coll. Blanche.
- Bruges la vive,
essai, Ed. Ramsay, Paris, 1990.
- Un convoi
d'or dans le vacarme du temps, Ed.
Ramsay, Paris, 1991.
- Deux
femmes un soir, roman, Gallimard, Paris,
1992, coll. Blanche; coll. Folio,
1995.
- Les
géraniums, nouvelles, La Différence,
Paris, 1993, coll. Littérature.
- Le bonheur en projet,
(Dominique Rolin et Frans de Haes), Ed. Labor,
Bruxelles, 1993, coll. Archives du Futur.
Rééd. 2006.
- Le jardin
d'agrément, roman, Gallimard, Paris,
1994, coll. Blanche.
- Train de
rêves, roman, Gallimard, Paris, 1994,
coll. L'Infini.
-
L'accoudoir, roman, Gallimard, Paris,
1996, coll. Blanche.
- La
rénovation, roman, Gallimard, Paris,
1997, coll. Blanche; coll. Folio,
1999.
- Journal
amoureux, roman, Gallimard, Paris, 2000,
coll. Blanche; coll. Folio, 2001.
- Plaisirs,
entretiens avec Patricia Boyer de la Tour,
Gallimard, Paris, 2002, coll. L'Infini; coll. Folio,
2004.
- Le futur
immédiat, roman, Gallimard, Paris, 2002,
coll. Blanche; coll. Folio, 2003.
- Lettre à
Lise, roman, Gallimard, Paris, 2003,
coll. Blanche.
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