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Nicole Hellyn - A.M.L.
Gérard Prévot compte parmi ces auteurs
singuliers qui, c’est un comble, s’illustrent
par leur polymorphisme. Un comble? Pour quelqu’un
de cette trempe, ce serait plutôt la moindre des
choses. Romantique, quand il «fallait» souscrire
au surréalisme; prêt à vouer l’alexandrin aux
gémonies, quand, enfin, il achevait de lui
redonner toute son ampleur; se souhaitant
apatride, quand il clamait son amour des brumes du
nord, voilà l’auteur atteindre, peut-être, à
la Haute note jaune, quand il croyait tout perdu.
Si son trajet va droit à Paris pour revenir,
en fin de vie, à Ostende, s’adosser à la mer,
sa carrière littéraire connaît, elle aussi, une
bifurcation lorsque, de la poésie, elle s’ouvre
au conte fantastique. Cette voie nouvelle, sans
effacer l’autre, la renforce, comme l’avaient
déjà fait les approches théâtrales. Dans tous
les textes, des thèmes convergents s’épaulent;
ainsi cette certitude que la littérature peut
transcender la mort et marcher plus loin que l’habitude,
en route vers la vie véritable.
Biographie
Gérard Prévot est né le 2 septembre 1921 à
Binche, où ses parents tenaient un magasin de
vêtements. Elevé par sa grand-mère, il révèle
vite un intérêt certain pour la lecture. Pendant
ses études laborieuses au Pensionnat de
Solre-sur-Sambre, puis au Collège Notre-Dame de
Binche, le jeune homme s’enthousiasme pour les
poètes maudits. En 1940, au cours de l’exode
devant l’envahisseur allemand, il rencontre
Marie-Louise Bruggeman qu’il épousera deux ans
plus tard. Installé à Courtrai, le jeune couple
se défera rapidement.
Une première pièce de Gérard Prévot, Icare,
est représentée en 1945 par les élèves de l’Académie
de Binche. Après son engagement dans la brigade
Piron, de mars 1945 à juin 1946, il s’implique
de plus en plus dans la vie littéraire. D’abord
secrétaire de rédaction aux éditions Écran
du monde, il signe des textes dans diverses
publications : T’avau Binche, Le
Thyrse, La revue nationale...
Journaliste, il collabore dès 1949-50 au Peuple
et à La Cité. Parti pour Paris en
compagnie d’Hubert Juin en 1951, il s’y
établira définitivement en 1954. Là, il se lie
d’amitié avec Aragon, Jean Paulhan et Pierre
Seghers, mais les conditions de vie précaires qu’il
connaît à cette époque ruineront vite sa
santé.
Collaborateur occasionnel aux Lettres
françaises, Gérard Prévot devient vite
lecteur pour les éditions Gallimard. Par
ailleurs, Paul Anrieu représente avec succès La
nouvelle Eurydice créée au Théâtre de la
Cambre en décembre 1958. Quelques années plus
tard, l’auteur signe avec Marcel Hicter une
adaptation de La Célestine, puis il donne La
mise à mort, au Centre dramatique de
Wallonie.
Malgré sa volonté de s’ancrer en France,
Gérard Prévot revient souvent en Belgique,
notamment pour des lectures (au Théâtre-Poème,
en 1971). Au début des années 70, Jean-Baptiste
Baronian le pousse vers la littérature
fantastique. Gérard Prévot y mord si bien qu’une
douzaine de livres relevant de ce genre paraissent
entre 1970 et 1975. Installé à Ostende en 1974,
l’écrivain est décédé à Bruxelles le 12
novembre 1975 des suites d’un diabète, alors qu’il
venait de remettre son dernier manuscrit.
Plusieurs textes (dont une pièce consacrée à
Louis II de Bavière) restent inédits.
Bibliographie
Poèmes :
- La première symphonie, Wellens-Pay,
Bruxelles, 1941.
- Récital, Ecran du
Monde, Bruxelles, 1951. Prix Polak.
- Architecture contemporaine, Editions R.E.L.,
Bruxelles, 1953.
- Danger de mort, Seghers,
Paris,
1954.
- Ordre du jour, Seghers,
Paris,
1955.
- Élégies dans un square décapité, Thone,
Liège, 1958.
- Europe maigre, Gallimard,
Paris, 1961; coll. Jeune poésie NRF. Prix Royal Saint-Germain.
Prix Gérard de Nerval.
- Prose pour un apatride, Grasset,
Paris, 1971.
- L’impromptu de Coye,
Jacques Antoine, Bruxelles, 1972.
- La rue perdue.
(Inédit).
-
Aurélia 75 in Magie Rouge,
n° 46-47, décembre 1999, p. 11-16.
Romans :
- La race des grands cadavres, Denoël,
Paris, 1956.
- Les chemins de Port-Cros,
Denoël, Paris, 1957.
- Un prix Nobel, Calmann-Lévy,
Paris,1962.
- La fouille, Morel, Les-Hautes-Plaines-de-Mane, 1972.
- L’empan,
Morel, Les-Hautes-Plaines-de-Mane, 1973.
Récits :
- La haute note jaune,
Sodi, Bruxelles-Amiens-Paris, 1967; coll. Les
belles pages de notre époque.
- Le point de chute, Jacques Antoine,
Bruxelles, 1985.
- Journal
(partiellement
inédit); "Fragments de journal (1974)" in Magie
Rouge, n° 46-47, décembre 1999, p. 9-10.
Théâtre :
- Théâtre : La nouvelle Eurydice, La mise
à mort (prix Malpertuis 1959), Guillaume
Fischer, Debresse, Paris, 1964 (prix
Triennal de littérature dramatique).
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Contes fantastiques :
-
Le démon de février et autres contes fantastiques,
Marabout, Verviers, 1970; coll. Bibliothèque
Marabout fantastique, n° 369. Rééd. "Le
démon de février", Ed. Labor, Loverval,
2006; coll. Espace Nord.
-
Celui qui venait de partout, Marabout,
Verviers, 1973; coll. Bibliothèque Marabout
fantastique, n° 441.
-
La nuit du nord, Marabout, Verviers, 1974;
coll. Bibliothèque Marabout fantastique, n°
484.
-
Le spectre large, Marabout, Verviers,
1975; coll. Bibliothèque Marabout, n° 553.
-
Contes de la mer du Nord, Jacques Antoine,
Bruxelles, 1986; coll. Passé présent, n°
48. Réédition de contes publiés chez Marabout.
-
Le démon de février. Contes de la mer du Nord
(vol. 1), Fleuve Noir, Paris, 1998; coll.
Bibliothèque du fantastique. Préface de
Jean-Baptiste Baronian, réédition de contes
publiés chez Marabout.
-
"La taverne des étangs" in J.-B. BARONIAN,
La Belgique fantastique avant et après Jean
Ray, André Gérard, Verviers, 1975. Rééd.
Jacques Antoine, Bruxelles, 1984, p. 280-290.
-
"Le dé noir de Nora" in 13 histoires
d’objets maléfiques, André Gérard,
Verviers, 1975.
-
"La louve de la rue Vaneau" in 13 histoires
d’objets maléfiques, André Gérard,
Verviers, 1977.
-
"Le balustre ostendais" in Histoires
terribles de revenants, Librairie des
Champs-Elysées, Paris, 1979.
Science-fiction sous le pseudonyme de Red Port
:
- Destination
Flora,
Marabout, Verviers, 1973; coll. Poche 2000,
n° 4.
-
Le pont vertical, Marabout, Verviers,
1974; coll. Poche 2000, n° 10.
-
Vénus en maison sept, Marabout, Verviers,
1974; coll. Poche 2000, n° 15.
-
La grande panne, Marabout, Verviers, 1975;
coll. Poche 2000, n° 17.
-
La fin de Flora, Marabout, Verviers, 1975;
coll. Poche 2000, n° 22.
Romans sous le pseudonyme de Francis Murphy
:
- Pour l’amour d’Olivia,
Presses de la Cité, Paris, 1963; coll. Fleuve
noir. Grands romans.
-
La jeune fille de Rattenbergh, Presses de
la Cité, Paris, 1963; coll. Fleuve noir. Grands
romans.
-
Les tambours de Binche, Presses de la
Cité, Paris, 1964; coll. Fleuve noir. Grands
romans.
-
Les amants du Nil, Presses de la Cité,
Paris, 1965; coll. Fleuve noir. Grands romans.
-
L’invitée de Lorelei, Presses de la Cité,
Paris, 1969; coll. Fleuve noir. Angoisse,
n° 162.
Romans sous le pseudonyme collectif de Diego
Michigan :
- Pitié, achevez-moi!,
Editions de la Seine, Paris, 1954; coll. Rafale.
-
Pas de fantômes sans fumée, Editions de la
Seine, Paris, 1955; coll. Rafale.
À consulter :
-
Phénix, n° 4, mars 1986.
-
Magie rouge, n° 46-47, décembre 1999.
-
J.-B. BARONIAN, Panorama de la littérature
fantastique de langue française, La
Renaissance du Livre, Bruxelles, 2000; coll.
Les maîtres de l’imaginaire.
-
A. BOSQUET & L. WOUTERS, La poésie
francophone de Belgique. 1903-1926,
Académie royale de langue et littérature
françaises de Belgique, Bruxelles, 1992, p.
317-321.
-
R. BURNIAUX & R. FRICKX, La littérature
belge d’expression française, PUF, Paris,
1980; coll. Que sais-je?, n° 1540, p.
91-94.
-
Fabienne DESCHREVEN, Biographie de Gérard
Prévot, UCL, Louvain (mémoire de licence).
-
R. FRICKX & M. JOIRET, La poésie française
de Belgique de 1880 à nos jours, F.
Nathan-Labor, Paris-Bruxelles, 1977; coll.
Problèmes, p. 212-213.
-
Franz HELLENS, "Un inventeur autant qu’un
écrivain" in G. PRÉVOT, Le démon de février,
Marabout, Verviers, 1970; coll. Bibliothèque
Marabout fantastique, n° 369, p. 188-192.
-
s. n. (collectif, préface de Marc QUAGHEBEUR),
Alphabet des lettres belges de langue française,
Association pour la promotion des lettres belges
de langue française, Bruxelles, 1982, p. 183 et
283-284.
-
s. n. (collectif]), Anthologie de la
deuxième décade 1940-1950, Editions de la
Maison du poète, Bruxelles, 1954, p. 349-355.
-
s. n. (collectif), Anthologie poétique de
l’exposition, Éditions de la Maison du
poète, Bruxelles, 1958, pp. 360-365.
-
s. n. (collectif), Les écrivains belges de
langue française, Ministère de la
Communauté française de Belgique et Association
des libraires francophones de Belgique, Bruxelles,
1992, p. 54.
-
s. n., Espace Nord. L’anthologie,
Labor, Bruxelles, 1994; coll. Espace Nord,
n° 100, p. 304-305.
-
Pol VANDROMME, Lettres du Nord. L’apport de
la Belgique à la littérature française, L’Âge
d’Homme, Lausanne, 1990, p. 94.
-
Paul VAN MELLE, "Élégie pour un poète décapité :
Gérard Prévot" in Le Cri d’os, n°
29-30, juillet 2000, p. 4-17.
DOSSIERS L : n° 57, fascicule 2. |