 Biographie
Je naquis sous le Bélier.
Jeanine naît à Bruxelles le 10
avril 1912. Enfance heureuse entre des parents aimés et aimants, actifs,
intelligents et cultivés. Beauté des tableaux, des objets, de la musique.
Délices de la lecture :
Ouvre le livre aux cent mirages,
Des valets y matent des rois.
Les sortilèges
n'ont pas d'âge.
Vie harmonieuse dont l'écrivain
ressuscitera le charme dans La salle
à manger,
"une magie de la mémoire", le récit qui clôt son dernier livre. Dans la
salle à manger familiale, les invités des parents s'appellent Franz Hellens,
André Baillon et Germaine Lievens; ce sont les peintres Schirren et Van de
Woestijne, l'écrivain autrichien Joseph Roth, le romancier russe Eugène
Zamiatine et Fernand Crommelynck, au "visage de conquérant persifleur".
Étudiante en philologie romane à
l'Université libre de Bruxelles, Jeanine y a pour maître de stage Emilie
Noulet, femme enthousiaste et excellent professeur. Elle consacre son
mémoire de licence aux Chim ères
de Gérard de Nerval. Deux ans plus tard - en 1937 - cette exégèse est
publiée par "Les Cahiers du Journal des Poètes" qui lui ont décerné leur
Prix des Essais.
Ainsi débute brillamment la
carrière littéraire de celle qui désormais s'appelle Jeanine Moulin. Elle
vient, en effet, d'épouser Léo Moulin, un jeune professeur de six ans son
aîné. L'avenir s'annonce riche de promesses pour le couple, promesses que le
temps confirmera. Historien de la vie religieuse, sociologue des pratiques
alimentaires, le professeur Léo Moulin est aujourd'hui l'auteur d'une
vingtaine d'ouvrages dont le dernier s'intitule Les liturgies de la
table. Une histoire culturelle du manger et du boire (1988).
En janvier 1939, dans Le Temps
(quotidien parisien dont l'équivalent actuel est Le Monde), Emile
Henriot consacre un très long article aux Chimères de
Gérard de Nerval dont il célèbre les mérites et qu'il qualifie d'
"essai lumineux". Consécration française après celle de Bruxelles. Peu
après, paraît le deuxième ouvrage critique de Jeanine : Manuel
poétique d'Apollinaire. Ces deux études seront reprises,
approfondies, enrichies et publiées, l'une et l'autre, dans leur forme
nouvelle, aux éditions E. Droz de Genève, où le Nerval est,
aujourd'hui encore, régulièrement réédité.
Viennent ensuite huit ans de
silence. Années sombres de la guerre mais aussi bonheur de la maternité :
Mon grain semé au soleil (...)
Marc, fils de Léo et de Jeanine
Moulin naît en 1942.
Comment s'étonner de voir, qu'à
son tour, il se tournera vers les arts? Le dessin d'abord; la musique,
ensuite et surtout :
Gammes. Leurs bulles franchissent avec l égèreté
les degrés de la journée.
Initié au jazz par son père et
Robert Goffin, Marc Moulin deviendra célèbre par ses émissions à la radio et
les groupes musicaux qu'il dirigera. C'est aux enfants de Marc - Denis et
Corinne - que Jeanine dédiera son Voyage au pays bleu, recueil
de contes écrits pour eux.
En 1947, dix ans après son
premier livre, Jeanine Moulin publie ses premiers poèmes, Jeux et
Tourments, un recueil avec lequel elle a pris aujourd'hui ses
distances.
Ensuite, tous les deux ou trois
ans, un nouvel ouvrage paraît. Etudes critiques, anthologies commentées de
poésie féminine et recueils de poèmes se succèdent. Patient travail de
recherche, analyse subtile et profonde de l'autre alternent avec
l'expression de soi et le chant poétique.
Écrivain mais aussi femme
d'affaires - elle a dirigé pendant des années l'entreprise de chauffage
qu'avaient fondée ses parents - Jeanine Moulin mène depuis toujours une vie
particulièrement active. Des voyages, dont certains ont marqué sa poésie de
leur empreinte : Le Japon, "rose des vents contraires", New York et "les
étés trop lourds de Manhattan" et le Mexique "aux cieux de cannelle", avec
les "façades ridées de chiffres" d'Uxmal où
on se nourrit toujours de graminées et de piments,
tandis que le dieu veille sous son casque vivant.
Une participation constructive à
la vie littéraire, tant en France que chez nous, comme membre de jurys
renommés, la présidence des Midis de la Poésie, la collaboration à
des expositions et à des colloques littéraires : que de dynamisme et
d'efficacité!
En 1977, Jeanine Moulin devient
membre de l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises. Elle y
succède à Lucien Christophe. Le discours de réception que lui adresse Jean
Tordeur est un modèle de style où rivalisent finesse d'analyse et chaleur de
ton. "Chercheuse infatigable, intuitive autant que méticuleuse", dit-il de
Jeanine Moulin. Mais c'est à elle que nous laisserons le soin de conclure
cette biographie :
Qui dira oui-da
à la vie (...)?
Moi, morbleu! Ça me turlupine,
l'envie de tout recommencer!
Jeanine Moulin est décédée le 18
novembre 1998.
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Bibliographie
- Les Chimères
de Gérard de Nerval, essai, Les Cahiers du
Journal des Poètes, Bruxelles, 1937. Prix des essais du Journal des Poètes.
- Manuel poétique d'Apollinaire, essai, Les Cahiers du
Journal des Poètes, Bruxelles, 1939.
- Jeux et tourments, poèmes, La Maison du Poète,
Bruxelles, 1947.
- Gérard de
Nerval. Les Chimères. Exégèses,
essai, E. Droz, Genève, 1949; coll. Textes littéraires français.
- Guillaume Apollinaire ou La Querelle de l'ordre et
de l'aventure. Textes inédits, essai, E. Droz, Genève, 1952; coll.
Textes littéraires français. Prix Léopold Rosy décerné par l'Académie
royale de Langue et de Littérature françaises.
- Marceline Desbordes-Valmore, Seghers, Paris,
1955; coll. Poètes d'aujourd'hui.
- Feux sans joie, poèmes, Seghers, Paris, 1957.
Prix du Royal Saint-Germain.
- Rue Chair et Pain, poèmes, Seghers, Paris, 1961.
Prix Desbordes-Valmore.
- Christine de Pisan, Introduction, choix et
adaptation par Jeanine Moulin, essai, Seghers, Paris, 1962.
- La poésie féminine. Epoque moderne,
essai,
Seghers, Paris, 1963. Couronné par l'Académie française.
- La poésie féminine, du XIIe au XIXe siècle,
essai,
Seghers, Paris, 1966. Couronné par l'Académie française.
- La pierre
à feux, poèmes, Seghers, Paris, 1968.
- Les mains nues, poèmes, avant-propos d'Alain
Bosquet, Librairie
Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1971. Prix du Brabant 1972.
- Textes inconnus et peu connus de Fernand Crommelynck,
étude critique et littéraire, essai, Académie royale de Langue et de Littérature
françaises, Bruxelles, 1974.
- Voyage au pays bleu, livre pour la jeunesse, Pierre De Méyère, Bruxelles, 1975; dessins d'Elisabeth Ivanovsky.
- Huit siècles
de poésie féminine, essai, Seghers, Paris,
1975.
- Fernand Crommelynck ou le théâtre du paroxysme,
essai
accompagné d'inédits : lettres, documents et une pièce en un acte; Palais
des Académies, Bruxelles, 1978.
- Musée des objets perdus, poèmes, Editions
Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1982.
- La craie des songes, poèmes, Editions
Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1986.
- Les yeux de la tête
et autres récits, Le Cherche Midi,
Paris, 1988.
Collaborations :
1. A des ouvrages d'ensemble :
- A propos du centenaire de Verhaeren : Branches
mortes et rameaux verts, Annales du Centre Universitaire Méditerranéen,
Nice, 1955.
- Les Baudelairiennes, in Journées Baudelaire,
Actes du Colloque, Académie royale de Langue et de Littérature
françaises, Bruxelles, 1968.
- Cent cinquante ans de littérature féminine, in
Vies de femmes 1830-1980, catalogue de l'exposition organisée par la
Banque Bruxelles Lambert.
- Fernand Crommelynck 1886-1970, Avant-propos au
catalogue de l'exposition organisée par les Archives et le Musée de la
Littérature à la Bibliothèque Royale Albert Ier du 6 décembre 1980 au 20
janvier 1981.
- Crommelynck et les metteurs en scène, in Fernand
Crommelynck à la scène,
Labor, Bruxelles; coll. Archives du futur.
- Belgique, une poésie
à trois voies : de Marcel Thiry
à Marcel Lecomte,
in Poésie 1945-1960 : les mots, la voix, Presses de l'Université de
Paris-Sorbonne, Paris.
2. A des revues :
- Annales (chronique poétique de 1953 à 1970),
Bulletin de l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises, Le
Journal des Poètes,
Marginales, La Revue générale belge, La Revue nouvelle.
A consulter :
- Robert BURNIAUX et Robert FRICKX, La littérature
belge d'expression française, Presses universitaires de France, Paris,
1973 et 1980; coll. "Que sais-je?".
- Liliane WOUTERS, Panorama de la poésie française de
Belgique, Jacques Antoine, Bruxelles, 1976.
- Robert FRICKX et Michel JOIRET, La poésie française
de Belgique de 1880 à nos jours, Nathan-Labor, Paris-Bruxelles, 1977.
- Alphabet des lettres belges de langue française,
Association pour la Promotion des Lettres belges de Langue française,
Bruxelles, 1982.
- Anne-Marie TREKKER et Jean-Pierre VANDER STRAETEN,
Cent auteurs, Editions de la Francité, Bruxelles, 1982.
- Robert FRICKX et Raymond TROUSSON, Lettres
françaises de Belgique. Dictionnaire des oeuvres, II, La Poésie, Duculot,
Paris-Gembloux, 1988. DOSSIERS L : n° 25, fascicule 2. |