| Biographie
Il est important de rappeler
que Herman Closson fut le fils d’Ernest Closson,
musicologue et chercheur, critique musical pendant
50 ans dans L’Indépendance,
professeur et folkloriste, un des meilleurs
connaisseurs dans le domaine de la chanson
populaire.
On retrouvera tout au long
de l’œuvre d’Herman Closson une imprégnation
de ce qui fait l’intérêt et la valeur de la
chanson populaire anonyme tant en flamand qu’en
français ou en wallon. Car, pour Ernest Closson,
les trois cultures sont aussi intéressantes, et
les deux volumes des Chansons populaires des
Provinces Belges (1913) contiennent plus
de deux cent chansons de Flandre et de Wallonie,
harmonisées pour le piano. Il y défend l’idée
que l’âme même des deux races s’y
révèle, encore précisée par la langue qui sculpte
la mélodie (préface du chansonnier Tiouli).
C’est donc au carrefour de
la musique populaire dont il entendit les échos
pendant toute son enfance, et de son goût pour le
théâtre, que se développèrent sa carrière et
son œuvre. Le théâtre, la mise en scène, la
critique théâtrale, la traduction, la
scénographie, qu’il enseigna à la Cambre,
furent ses passions tout au long de sa longue vie.
Il fut d’abord à vingt ans l’auteur d’un
roman de jeunesse publié à la NRF, intitulé Le
Cavalier seul. oeuvre étrange à la fois
naïve et rusée, qui révèle une furieuse
méfiance à l’égard du sexe féminin et une
incompréhension totale de la relation entre homme
et femme. Une telle méconnaissance radicale de l’«Ennemie»,
de l’«Autre», attirante, dangereuse,
méprisée, exprime en fait une immense peur d’être
trompé par ce qu’il ne comprend pas, et vaincu.
Le livre est bien écrit, d’une écriture
étrange, un peu déroutante, d’un esprit
désabusé, entre Gide et Montherlant.
Il est intéressant parce qu’il
contient en germe et à l’état embryonnaire la
part psychologique de son œuvre future : l’inlassable
recherche du mystère féminin.
Mais ce n’est pas dans le
roman qu’Herman Closson devait faire carrière.
Lié à l’aventure des Comédiens Routiers dès
1938, avec Jacques Huisman, René Hainaux, etc
(toute cette histoire est relatée dans le livre
de Philip Tirard (C.F.C. Éditions, 1996), Jacques
Huisman. Des masques et des souvenirs), il
vécut une expérience passionnante qui rappelle
assez celle qui fit de La Barraca,
de F. G. Lorca le plus illustre théâtre ambulant
espagnol pendant les années 1932 à 1936, ainsi
que celle des Comédiens Routiers Scouts de
France.
Après le succès
considérable du Jeu des quatre fils Aymon,
joué en pleine guerre (décembre 1941) à la
barbe des Allemands qui soupçonnèrent à peine
combien l’œuvre les frondait, il continua à s’inspirer
(alternativement avec des sujets psychologiques)
de faits historiques et de légendes, parfois avec
une complète désinvolture vis-à-vis des
exigences documentaires. Il préférait donner le
pas à son imagination de créateur et à son
souffle épique. Ce choix lui permet, sans
négliger la psychologie des personnages, d’atteindre
à des «types» qui plongent leurs racines dans l’inconscient
collectif national et acquièrent la valeur de
mythes par un sûr instinct des valeurs
primordiales du patrimoine. Certaines pièces qui
lui furent commandées sont de grandes
représentations populaires à fond historique,
spectacles en plein air qui eurent un vif succès
dans les années 50.
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Collaborateur
de plusieurs autres théâtres et troupes, ami d’écrivains
illustres comme Henri Michaux, Géo Norge, Jean
Mogin, et tant d’autres qui seraient heureux d’être
cités comme ses amis, il fut élu Académicien en
1974 et mourut chargé d’ans et de gloire en
1982.
Bibliographie
- Le cavalier seul,
roman, Éd. Le Disque vert, 1925.
- Sous-sol,
théâtre, 1925.
- Alceste ou l’empêché,
essai, Éd. Les Cahiers du Sud, Marseille, 1928.
- Godefroid de
Bouillon, 15 jeux de scène, Éd. .
Universitaires, Bruxelles, 1935.
- La farce des deux
nues, Éd. du Sablon, Bruxelles, 1935.
- Le scribe accroupi,
roman, Nouvelles Éd. Européennes, 1937.
- Shakespeare ou la
comédie de l’aventure, Éd.
Universitaires, Bruxelles, 1938.
- Musique et drame,
essai, Éd. I.N.R., Bruxelles, 1939.
- La passante
illuminée ou Faux jour, Éd. du Sablon,
Bruxelles, 1941.
- Hélène ou la
dissemblance, Éd. du Sablon, Bruxelles,
1942.
- Les quatre fils
Aymon, Éd. Durendal, 1942.
- Le comédien,
essai, Éd. Le cercle d’art, Bruxelles, 1942.
- L’épreuve du feu,
Éd. du Houblon, Bruxelles, 1944.
- Borgia, Éd.
du Houblon, Bruxelles, 1944.
- De l’art
dramatique, essai, Éd. Lumière,
Bruxelles, 1944.
- Le théâtre cet
inconnu, essai, Éd. Formes, Bruxelles,
1945.
- Le jeu de Han,
1948.
- Yolande de Beersel,
1950.
- Sire Halewyn,
Éd. J. Antoine, Bruxelles, 1972, préface de Jean
Mogin.
Adaptations et traductions
- Le marchand de
Venise (Shakespeare)
- La chasse aux
sorcières (A. Miller)
- L’affaire Pinedus
(Primo Lévi) etc.
Études de l’œuvre de
Herman Closson
- Philip TIRARD Histoire
du Théâtre National et de J. Huysman,
Éd. C.F.C., Des masques et des souvenirs,
1996.
- Paul ARON La
mémoire en jeu, Éd. La Lettre volée,
1995.
- Discours de réception de
Herman Closson à l’Académie, Marcel
LOBET,
Palais des Académies, Bruxelles, 1975.
DOSSIERS L,
N° 50, Fascicule 1.
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